Les incidents survenus lors de la célébration d’Achoura à Ben Guerir cette année constituent un terrain d’observation pertinent pour analyser la relation entre fragilité sociale, précarité économique et formes de violence symbolique chez les jeunes.
D’un point de vue sociologique, la fête d’Achoura, historiquement perçue comme un moment de cohésion sociale et de transmission d’un patrimoine festif, tend à se transformer en un espace de défoulement incontrôlé. La perte de l’encadrement éducatif (famille, école, quartier) laisse apparaître un vide que comble souvent une dynamique de groupe fondée sur la provocation et la violence ritualisée.
Sous l’angle de la sociologie économique, cette dynamique révèle également l’emprise d’un marché informel qui prospère à l’occasion d’événements populaires. La prolifération de produits pyrotechniques de contrebande et l’utilisation détournée de bonbonnes de gaz traduisent l’existence de circuits économiques parallèles, profitant d’un manque de régulation et d’alternatives encadrées.
Dans ce contexte, la violence ne se réduit pas à une simple expression de déviance individuelle, mais peut être interprétée comme une réponse à l’exclusion économique et à l’absence de perspectives. Pour certains jeunes, incapables de s’inscrire dans une trajectoire d’insertion stable (formation, emploi), la fête devient le seul espace où ils peuvent revendiquer symboliquement une forme de puissance ou de visibilité sociale.
Dès lors, le phénomène d’Achoura au maroc interpelle à la fois les acteurs sociaux et les décideurs publics. La prévention de telles dérives exige une approche globale : réinvestir l’encadrement éducatif et familial, créer des activités alternatives structurantes, mieux contrôler le marché informel lié aux festivités, et redonner au rite festif sa dimension culturelle et collective initiale.
En définitive, la célébration d’Achoura, en révélant ces tensions sociales et économiques, offre un terrain de réflexion fécond sur les interactions entre insécurité, précarité et recomposition des pratiques collectives dans le contexte urbain marocain.
Qoqi oumayma
Étudiante-chercheuse en économie
فجر بريس